Orléans, Bordeaux, Paris, Lyon sont les villes qui ont comptés et qui comptent pour l'imprimerie française. Nul ne peut affirmer aujourd'hui que telle ou telle initiative, de Fréderic Tachot à Orléans, du Musée de l'imprimerie de Bordeaux, du projet muséale de l'Imprimerie Nationale, du Musée de l'Imprimerie et de la Banque de Lyon, sera assurer mieux et avant les autres l'avenir de la typographie française et sa tradition plusieurs fois centenaire.
Les ingrédients du succès sont : un patrimoine de l'imprimerie, des savoir-faire vivants, un toit, une reconnaissance culturelle, sociale et politique, un dynamisme orienté vers les jeunes générations et la création... et bien sur des moyens financiers pour assurer cette construction et sa pérennité.
Aucune initiative françiase ne réunit toutes ses qualités nécessaires à cette réussite. Chacune a ses chances et détient certainement une partie de ce succès. Il serait sage dans le doute de soutenir toutes ces initiatives au niveau local, régional et national.
Nul est prophète dans son pays, et rien ne sert d'attendre une reconnaissance immédiate et facile.
A l'heure ou les regards typographiques français se tournent étonnés vers Genève et l'Ecomusée Voltaire de l'Association Lettres et Images et de l'Association pour le Patrimoine Industriel, je me souvient que plus de 17 ans de tenacité ont été nécessaire pour imposer le retour d'une tradition qui remonte à 1478 et que la plupart avaient oublié.
Ne pensez pas que cette reconnaissance est acquise pour toujours, les embûches sont nombreuses et prévisibles.
Les responsables d'associations, d'organisations, de musées vivants ou de musées thématiques doivent conduirent leurs projets en pleine conscience d'une politique du patrimoine. Par leurs actions culturelles, politiques , sociales et artistiques ils imposent à la force du poignet des projets de patrimoine dont la reconnaissance ne sera assurée qu'à sont aboutissement. .. Dans ce domaine aussi on ne prête qu'aux riches de leurs succcès.
Cette reconnaissance tient de la pierre de Sisyphe.
Il faut être comme Fréderic Tachot , souple comme le Musée de Bordeaux, ouvert comme les architectes de l'I.N. - Robert et Reichen de Paris- , et méthodique comme le Musée de l'Imprimerie de Lyon pour vouloir assurer la survie d'un projet de patrimoine de l'imprimerie.
Il ne suffit pas de stocker des machines avec des étiquettes, de maintenir des savoir-faire, d'offrir des prestations publiques ou une vitrine d'un passé désuet. Il faut associer toutes ces qualités et savoir pallier à tous les défauts dans la générosité.
La reconnaisance est rarement au rendez-vous.
Je me rapelle, alors jeune homme, du peu de considération que mon projet utopique de musée vivant de l'imprimerie avait soulevé à Genève et en Suisse. Je me rapelle de "la sympathie" qui m'était adressée par les autorités, les institutions, les projets nationaux, les conservateurs... Cette sorte de sympathie que l'on adresse aux fous ou aux demeurés.
Rentrer en patrimoine de l'Imprimerie c'est comme rentrer en religion, il faut savoir faire sont chemin de croix et le faire savoir. A l'heure d'internet, il ne faut pas y voir des projets concurrents, mais des projets complémentaires, car seul celui qui a fait un bout de ce ce chemin de croix peut affirmer avec certitude de que le chemin est long et difficile. Ce chemin s'il est solitaire, ne porte aucune chance. Il faut savoir partager l'aventure, ses doutes et ses succès. Créer un réseau solide, une communauté d'intérêt. Elle ne revêt plus le costume local, elle tisse ses liens dans l'invisible de la toile internet, au delà des frontières et des rencontres physiques. Cette communauté de typographes, d'imprimeurs, de professionnels et de passionnés est éclairée. Elle sait ou aller, mais n'en connait pas encore tous les chemins.
Je me souviens avoir été jeune homme, porteur-moucheron d'un projet utopique et irréaliste, à contre-sens du mouvement historique et de la raison .
Force est de constater qu'avec le recul, le moucheron s'est déplacé plus loin, et a rayonné bien au delà du Musée Graphirama, musée national Suisse de l'Imprimerie. Cet aveu d'un représentant patronal de l'imprimerie suisse mesure le chemin parcouru et l'attente placée dans notre projet autrefois considéré comme irréalisable.
C'est parce que ce chemin est parcouru que ce succès de chapelle ne peut pas me satisfaire. J'en connais la fragilité, cette fragilité qui est celle de la vie et d'une fin qui peut venir à tout moment. J'en connais le bonheur.
Plutôt que de m'assoire sur ce succès d'estime et de garder pour moi cette leçon de vie, mon tempérament et mon expérience me pousse à partager cette fragile connaissance. C'est là que je puise l'énergie pour m'engager en dehors de mon territoire naturel, et au delà de mes petits succès, à soutenir, fédérer et réunir les initiatives française du patrimoine de l'imprimerie.
Sorte de défis pour vérifier si ce travail n'est que le fruit d'un hasard, de circonstances, ou si le travail acccomplis est une expérience accumulée, reproductible et surtout transmissibile : un savoir.
A Fréderic Tachot je transmet mes amitiés et mon respect pour le travail déjà accompli. Et je rapelle à tous ceux qui me liront ici 'histoire du lièvre et de la tortue cher à La Fontaine :
Le Lièvre et la Tortue
Rien ne sert de courir ; il faut partir à point. Le Lièvre et la Tortue en sont un témoignage. Gageons, dit celle-ci, que vous n'atteindrez point Sitôt que moi ce but. - Sitôt ? Êtes-vous sage ? Repartit l'animal léger. Ma commère, il vous faut purger Avec quatre grains d'ellébore.
Sage ou non, je parie encore. Ainsi fut fait : et de tous deux On mit près du but les enjeux : Savoir quoi, ce n'est pas l'affaire, Ni de quel juge l'on convint. Notre Lièvre n'avait que quatre pas à faire ; J'entends de ceux qu'il fait lorsque prêt d'être atteint Il s'éloigne des chiens, les renvoie aux Calendes, Et leur fait arpenter les landes. Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter, Pour dormir, et pour écouter D'où vient le vent, il laisse la Tortue Aller son train de Sénateur. Elle part, elle s'évertue ; Elle se hâte avec lenteur. Lui cependant méprise une telle victoire, Tient la gageure à peu de gloire, Croit qu'il y va de son honneur De partir tard. Il broute, il se repose, Il s'amuse à toute autre chose Qu'à la gageure. A la fin quand il vit Que l'autre touchait presque au bout de la carrière, Il partit comme un trait ; mais les élans qu'il fit Furent vains : la Tortue arriva la première. Eh bien ! lui cria-t-elle, avais-je pas raison ? De quoi vous sert votre vitesse ? Moi, l'emporter ! et que serait-ce Si vous portiez une maison ?