Lettres et Images    
Le patrimoine de l'imprimerie française La nécessité d'un réseau français du patrimoine de l'imprimerie Une invention Pourquoi conserver le patrimoine de l'imprimerie au 21ème siècle ? l'I.N. (Hyène) Des savoir-faire  






UN PATRIMOINE POUR LA RÉGION FRANÇAISE DU CENTRE
Le matériel de l'association Format typographique
… ET SON SAVOIR-FAIRE

dimanche 29 décembre 2002, par Jef Tombeur


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Jusqu'à fin 2001, l'association Format typographique, créée par le typographe Frédéric Tachot à Orléans, disposait d'un local pour poursuivre une activité à but non lucratif de composition et imprimerie traditionnelles. Mais début 2003, faute de local suffisant pour entreposer, entretenir, produire et recevoir du public (scolaire en particulier), l'association est en sommeil et s'est tournée vers la Direction régionale de l'action culturelle de la région du Centre pour tenter de se voir dotée d'un lieu convenable.

Dire que Frédéric Tachot est un ‹fondu› n'a rien de péjoratif : comme tous les passionnés enthousiastes, il est allé parfois au-delà des efforts raisonnables pour réaliser ce qui le motive, soit faire vivre et connaître une imprimerie traditionnelle. Secondé par des bénévoles, anciens compagnons typographes, par son épouse, il a consacré de longues années à réunir machines, fournitures, collaborations, et à créer un courant de sympathie envers l'action de son association, Format typographique. L'association disposait donc, jusqu'à fin 2001, d'un patrimoine muséal en parfait état de marche. Il se compose de :
-  quatre machines Linotype ;
-  une Ludlow et une Elrod (pour les interlignes et les filets) ;
-  deux fondeuses Monotype pour la production de textes en corps 6 à 14, ainsi que deux claviers ;
-  deux fondeuses Supra (couvrant les corps du 18 au 72). Ceci pour la partie mécanisée. Pour la composition manuelle, deux milliers de casses dont certaines contiennent des polices devenues très rares, voire en exemplaires uniques, des jeux complets de caractères en bois, permettaient une très large variété de productions imprimées d'une exceptionnelle qualité. Depuis des années, l'association (avec l'apport financier personnel de la famille Tachot) a pu louer un pavillon dans la banlieue d'Orléans, à Ingré, afin d'entreposer, entretenir et faire vivre ce patrimoine. Des amateurs, des groupes scolaires, ont pu s'initier à la composition manuelle ou mécanique traditionnelles, et produire pour d'autres associations. Faute de moyens, Frédéric Tachot et l'association se retrouvent à l'étroit dans ce lieu. D'autant que Format typographique a pu recevoir en dotation tout le matériel Monotype de l'éditeur les Presses universitaires de France. Appuyée par d'autres intervenants, élus locaux, associations nationales diverses dont, notamment, la Convention typographique et Graphê, Format typographique a tenté d'intéresser de multiples partenaires à la poursuite de ses activités. La Direction régionale des affaires culturelles de la région Centre (départements du Cher, d'Eure-et-Loire, de l'Indre, Indre-et-Loire, Loir-et-Cher & Loiret) a bien voulu s'intéresser au dossier et faire diligenter des études de relocation et faisabilité d'une action à destination d'un public plus large encore que par le passé. Des experts des musées de l'Imprimerie de Lyon et du Conservation national des Arts & métiers ont été désignés. Mais, début 2003, tout le matériel des P.U.F reste encore entreposé sous un abri de fortune dans la cour de la mairie de Saran. Cette situation, si elle devait durer, serait très dommageable, si ce n'est irrémédiable. De telles machines et matériels sont en effet fragiles s'ils restent exposés à l'humidité. Même dans des conditions convenables de conservation, un entretien régulier est indispensable. Comme l'indique Frédéric Tachot, « le matériel prend l'eau et tout ce qui est sous cet abri provisoire s'oxyde. » Faute d'une solution définitive prochaine, une solution provisoire convenable risque de s'imposer rapidement. Toutes les suggestions sont les bienvenues. Pour tout contact : Association Format typographique Chez Frédéric Tachot 3, rue Jean-Perrin F-45100 Orléans format.typographique@noos.fr

Le patrimoine acquis par Format typographique ou reçu en dotation se compose de :
-  600 casses dont certaines des XVI, XVII et XVIIes siècles ;
-  30 casses de vignettes, ornements, &c., 5 de caractères de musique, 50 ais de clichés ;
-  Des coupoirs, marbres, comparateurs, rangs, galées, scies, interligneurs, lingotiers et composteurs ;
-  3 fondeuses (Elrod, Monotype, Supra), un four à refondre (Politype), 7 moules à main ;
-  Pour la composition : deux fondeuses Monotype et leurs claviers, une composeuse-titreuse Elrod, cinq Linotypes dont l'une des premières et l'une des dernières construites ;
-  320 polices de matrices neuves (garamond, plantin, romulus, caravelle, métrolite, aster, vogue… et d'autres plus courantes, du corps 5 au 72) ;
-  divers stocks de pièces et 30 tonnes de plomb à fondre ;
-  10 presses à épreuves, 3 à platines, 5 de précision à cylindre ;
-  et du matériel de façonnage (massicot, cisailles, piqueuses, raineuse, taqueuse, perforeuse). Par ailleurs, l'association détient un fonds documentaire et iconographique constitué d'archives des imprimeries Gutenberg, éditrice, fin 1941, du journal « France d'abord », et des Éditions Polyglottes.



Jef Tombeur
Jef Tombeur, ex-vagabond professionnel & auto-stoppeur en Europe, au Moyen-Orient et en Amérique du Nord depuis l'âge de 15 ans, s'est rapidement tourné vers le journalisme par désoeuvrement. Vendre à la criée The International Times et The Black Dwarf à Londres, puis Le Monde à Strasbourg, l'y incita. Laissant tomber facs et école de journalisme, il contribua à rédiger, composer, gérer l'hebdomadaire franco-alsacien Uss'm Follik (Issu du Peuple), ce que facilitèrent ses origines bretonnes. Repéré ensuite à Belfort, Niort, Reims, devenant progressivement grand reporter et de moins en moins pigiste pour Libération et d'autres. Chef de desk à l'Agence Centrale de Presse, il en diffusa la dernière dépêche puis retourna à la rue et aux facultés. Ayant traduit divers auteurs anglophones au passage, tel Tom Coraghessan Boyle (cf. www.tcboyle.net), il s'est de nouveau passionné pour la typographie, en devenant le seul journaliste spécialisé français (notamment pour Création Numérique ou Pixelcreation.fr). Envisage de devenir chômeur en fins de droits et propagandiste plénipotentiaire pour Phil Martin en Afrique avant d'avoir atteint, prochainement, si possible, 55 ans. Localisé fréquemment chez Ali (bar La Gitane, près de Strasbourg-Saint-Denis, Paris) ces temps derniers.





Il y a 6 contribution(s) au forum.

> Le matériel de l'association Format typographique
(1/3) 7 octobre 2005
> Le matériel de l'association Format typographique
(2/3) 8 septembre 2004, par RODARO MARTINE
> Le matériel de l'association Format typographique
(3/3) 30 décembre 2002, par Andréas Schweizer




> Le matériel de l'association Format typographique
7 octobre 2005   [retour au début des forums]

je suis très fière d'avoir pu contribuer à sauvegarder tout ce patrimoine et de l'accueillir dans notre petite commune de SARAN dans le Loiret. merci à tous les partenaires qui ont aidé à la concrétisation du projet. en 2006, tout sera prêt. a bientôt pour l'inauguration ! Jeanine Lachaud, adjointe au Maire

  • > Le matériel de l'association Format typographique
    18 novembre 2005, par
    Pronier jean claude   [retour au début des forums]
    Merci d'avoir entrepris cette action de sauvetage et de transmission de la culture de la lettre imprimée. J'habite actuellement dans le Var mais je vais bientot "remonter" définitivement dans le centre, près de Nevers et je ne manquerai pas d'aller visiter votre réalisation à Saran. Il se trouve que Saran ne m'est pas inconnu car je suis retraité de chez IBM et il y avait des installations de l'entreprise à Saran. Je pratique la taille douce et l'héliogravure au grain, Je m'intéresse également à la typographie, j'ai de nombreuse casses et quelque matériel du métier de typographe, je suis en cours d'acquisition d'une presse à épreuve Vandercook.. Faites moi savoir, si c'est possible, la date de l'inauguration. recevrez mes sinceres salutations. jean Claude Pronier

> Le matériel de l'association Format typographique
8 septembre 2004, par RODARO MARTINE   [retour au début des forums]

Monsieur Tachot Frederic, Je suis prof de français au collège Jean Pelletier rue des Murlin à Orleans et nous nous sommes rencontrés aux portes ouvertes de l'Ecole Estienne à Paris en 2004 : c'est 1 professeur d'origine Olivetaine qui vous connaît bien qui nous a présentés . Votre travail avec les enfants notemment pour obtenir une trace écrite impeccable redonner 1 dimension à la relecture et à l'importance de chaque caractère me semble pouvoir apporter beaucoup à des élèves de 6ème ! Le goût de l'effort ,le fait d'accepter de revenir sur une tâche effectuée ,de se relire , de bien tout ranger, d'effectuer 1 travail soigné pourait les aider à mieux apréhender l'écrit . Je suis désolée que votre local à Saran n'est pas été attribué . Notre collège draîne des élèves Saranais alors si ma demande peut vous aider .... De plus, 1 collègue de mon collège , Marie Helena Taquet , prof d'anglais a obtenu au rectorat un poste à l'action culturelle : cela peut peut être vs aider ? J'aurais aimé avec ma classe de 6ème E , 21 élèves dont 8 germanistes travailler sur le thème de l'écriture ( en rapport avec leur programme d'HG : les signes hiéroglyphes ) et de là l'imprimerie et son évolution ( Gutenberg notemment )Je dispose d'1 h d'aide chaque sem le jeudi de 15h30 à 16h30 ; je peux l'organiser pour prendre le groupe de germanistes 1 sem et les 13 anglicistes l'autre .Sinon 2 groupes mixtes anglais allemand avec 4 germanistes ds chaque ce qui ferait 2 groupes de 10 ou 11 elèves Mais où travailler ? Peut on organiser 1 visie de votre materiel ? Merci de me recontacter par mail rodaromartine@free.fr ou tel 0238438489 ( j'avais eu votre femme au tel cet été ) RODARO Martine

> Le matériel de l'association Format typographique
30 décembre 2002, par Andréas Schweizer   [retour au début des forums]

Orléans, Bordeaux, Paris, Lyon sont les villes qui ont comptés et qui comptent pour l'imprimerie française. Nul ne peut affirmer aujourd'hui que telle ou telle initiative, de Fréderic Tachot à Orléans, du Musée de l'imprimerie de Bordeaux, du projet muséale de l'Imprimerie Nationale, du Musée de l'Imprimerie et de la Banque de Lyon, sera assurer mieux et avant les autres l'avenir de la typographie française et sa tradition plusieurs fois centenaire.

Les ingrédients du succès sont : un patrimoine de l'imprimerie, des savoir-faire vivants, un toit, une reconnaissance culturelle, sociale et politique, un dynamisme orienté vers les jeunes générations et la création... et bien sur des moyens financiers pour assurer cette construction et sa pérennité.

Aucune initiative françiase ne réunit toutes ses qualités nécessaires à cette réussite. Chacune a ses chances et détient certainement une partie de ce succès. Il serait sage dans le doute de soutenir toutes ces initiatives au niveau local, régional et national.

Nul est prophète dans son pays, et rien ne sert d'attendre une reconnaissance immédiate et facile.

A l'heure ou les regards typographiques français se tournent étonnés vers Genève et l'Ecomusée Voltaire de l'Association Lettres et Images et de l'Association pour le Patrimoine Industriel, je me souvient que plus de 17 ans de tenacité ont été nécessaire pour imposer le retour d'une tradition qui remonte à 1478 et que la plupart avaient oublié.

Ne pensez pas que cette reconnaissance est acquise pour toujours, les embûches sont nombreuses et prévisibles.

Les responsables d'associations, d'organisations, de musées vivants ou de musées thématiques doivent conduirent leurs projets en pleine conscience d'une politique du patrimoine. Par leurs actions culturelles, politiques , sociales et artistiques ils imposent à la force du poignet des projets de patrimoine dont la reconnaissance ne sera assurée qu'à sont aboutissement. .. Dans ce domaine aussi on ne prête qu'aux riches de leurs succcès.

Cette reconnaissance tient de la pierre de Sisyphe.

Il faut être comme Fréderic Tachot , souple comme le Musée de Bordeaux, ouvert comme les architectes de l'I.N. - Robert et Reichen de Paris- , et méthodique comme le Musée de l'Imprimerie de Lyon pour vouloir assurer la survie d'un projet de patrimoine de l'imprimerie.

Il ne suffit pas de stocker des machines avec des étiquettes, de maintenir des savoir-faire, d'offrir des prestations publiques ou une vitrine d'un passé désuet. Il faut associer toutes ces qualités et savoir pallier à tous les défauts dans la générosité.

La reconnaisance est rarement au rendez-vous.

Je me rapelle, alors jeune homme, du peu de considération que mon projet utopique de musée vivant de l'imprimerie avait soulevé à Genève et en Suisse. Je me rapelle de "la sympathie" qui m'était adressée par les autorités, les institutions, les projets nationaux, les conservateurs... Cette sorte de sympathie que l'on adresse aux fous ou aux demeurés.

Rentrer en patrimoine de l'Imprimerie c'est comme rentrer en religion, il faut savoir faire sont chemin de croix et le faire savoir. A l'heure d'internet, il ne faut pas y voir des projets concurrents, mais des projets complémentaires, car seul celui qui a fait un bout de ce ce chemin de croix peut affirmer avec certitude de que le chemin est long et difficile. Ce chemin s'il est solitaire, ne porte aucune chance. Il faut savoir partager l'aventure, ses doutes et ses succès. Créer un réseau solide, une communauté d'intérêt. Elle ne revêt plus le costume local, elle tisse ses liens dans l'invisible de la toile internet, au delà des frontières et des rencontres physiques. Cette communauté de typographes, d'imprimeurs, de professionnels et de passionnés est éclairée. Elle sait ou aller, mais n'en connait pas encore tous les chemins.

Je me souviens avoir été jeune homme, porteur-moucheron d'un projet utopique et irréaliste, à contre-sens du mouvement historique et de la raison .

Force est de constater qu'avec le recul, le moucheron s'est déplacé plus loin, et a rayonné bien au delà du Musée Graphirama, musée national Suisse de l'Imprimerie. Cet aveu d'un représentant patronal de l'imprimerie suisse mesure le chemin parcouru et l'attente placée dans notre projet autrefois considéré comme irréalisable.

C'est parce que ce chemin est parcouru que ce succès de chapelle ne peut pas me satisfaire. J'en connais la fragilité, cette fragilité qui est celle de la vie et d'une fin qui peut venir à tout moment. J'en connais le bonheur.

Plutôt que de m'assoire sur ce succès d'estime et de garder pour moi cette leçon de vie, mon tempérament et mon expérience me pousse à partager cette fragile connaissance. C'est là que je puise l'énergie pour m'engager en dehors de mon territoire naturel, et au delà de mes petits succès, à soutenir, fédérer et réunir les initiatives française du patrimoine de l'imprimerie.

Sorte de défis pour vérifier si ce travail n'est que le fruit d'un hasard, de circonstances, ou si le travail acccomplis est une expérience accumulée, reproductible et surtout transmissibile : un savoir.

A Fréderic Tachot je transmet mes amitiés et mon respect pour le travail déjà accompli. Et je rapelle à tous ceux qui me liront ici 'histoire du lièvre et de la tortue cher à La Fontaine :

Le Lièvre et la Tortue

Rien ne sert de courir ; il faut partir à point. Le Lièvre et la Tortue en sont un témoignage. Gageons, dit celle-ci, que vous n'atteindrez point Sitôt que moi ce but. - Sitôt ? Êtes-vous sage ? Repartit l'animal léger. Ma commère, il vous faut purger Avec quatre grains d'ellébore.
-  Sage ou non, je parie encore. Ainsi fut fait : et de tous deux On mit près du but les enjeux : Savoir quoi, ce n'est pas l'affaire, Ni de quel juge l'on convint. Notre Lièvre n'avait que quatre pas à faire ; J'entends de ceux qu'il fait lorsque prêt d'être atteint Il s'éloigne des chiens, les renvoie aux Calendes, Et leur fait arpenter les landes. Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter, Pour dormir, et pour écouter D'où vient le vent, il laisse la Tortue Aller son train de Sénateur. Elle part, elle s'évertue ; Elle se hâte avec lenteur. Lui cependant méprise une telle victoire, Tient la gageure à peu de gloire, Croit qu'il y va de son honneur De partir tard. Il broute, il se repose, Il s'amuse à toute autre chose Qu'à la gageure. A la fin quand il vit Que l'autre touchait presque au bout de la carrière, Il partit comme un trait ; mais les élans qu'il fit Furent vains : la Tortue arriva la première. Eh bien ! lui cria-t-elle, avais-je pas raison ? De quoi vous sert votre vitesse ? Moi, l'emporter ! et que serait-ce Si vous portiez une maison ?

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